Interview avec Moise Katumbi

Le matin du jeudi 31 mars 2016, Francois Misser a rencontré M. Moise Katumbi a Bruxelles pour son premier interview après sa désignation comme candidat de la coalition de partis d’opposition „G7“ à l’élection présidentielle de novembre 2016 en RDC la veille. Voici le texte intégral de l’interview dont une version en allemand a été publié dans le TAZ du 1 avril 2016.

Le G7 vous a désigné comme candidat à l’élection présidentielle de novembre. Acceptez-vous cette responsabilité ?
– Je prends acte de la décision du G7. Je le félicite. Je remercie le G7 d’avoir choisi Moïse Katumbi. Pour le moment, je suis en consultation en Europe pour travailler à l’unité de l’opposition, en vue de désigner un candidat commun. Après ces consultations, je vais inviter le G7 à Lubumbashi ou j’irai à Kinshasa leur communiquer les résultats.
Avez-vous rencontré à Bruxelles, le leader de l’UDPS, Étienne Tshisekedi, dont le parti ne fait partie du G7 ?
– J’ai déjà vu le Président Tshisekedi. Je vais encore le revoir ce week-end. Et je dois aussi voir des représentants des Forces vives, à Bruxelles, à Paris et à Londres. Je vais faire aussi un saut aux États-Unis et voir aussi mes frères de la diaspora pour ces consultations visant à désigner un candidat commun.
Croyez-vous qu’il sera possible de désigner un tel candidat commun ?
– Tout est possible. Jusque là ça avance très bien. Nous avons besoin d’un Congo fort. Mais là où il y a deux personnes, les problèmes ne manquent jamais. Mais jusqu’à présent, nous essayons de bien cheminer.
Autre chose est de savoir si les élections pourront avoir lieu. D’après les autorités, il n’est pas réaliste de les organiser au mois de novembre prochain. On se dirige vers le « glissement », le report…
– Vous savez, notre constitution est très claire. Nous devons avoir des élections au mois de novembre et le 19 décembre, il y aura un autre président de la République. Moi, le conseil que je donnerais à tout ce monde là, est le suivant : on a fait deux fois les élections libres et démocratiques dans notre pays. C’est un grand bilan pour le Président Kabila. C’est un grand bilan pour tout le peuple congolais et pour le peuple africain. Moi, je crois que nous devons donner de bons conseils au Président Kabila. Lui-même ne s’est pas encore prononcé. Afin qu’il respecte les délais constitutionnels. Et il sortira comme un grand président de la République. Il sera consulté partout. Mais je sais aussi qu’il y a des conseillers de malheur si je peux les appeler comme ça qui sont en train de donner au président Kabila des conseils de rester au pouvoir, de ne pas respecter la constitution. Ces conseils c’est pour conserver leur travail. Vous savez, il ne faut pas faire de la politique un métier.
Si vous arrivez à vous faire désigner comme le candidat commun, quel serait votre programme ?
– Nous avons un programme que nous aurons bientôt achevé. Il y a plusieurs membres de l’opposition que j’ai rencontrés qui ont aussi leur programme. Et nous allons nous mettre ensemble parce que nous sommes en train de faire des consultations et voir ce que nous allons présenter comme programme les uns et les autres. Le plus grand programme c’est améliorer la vie de la population, sa condition sociale, c’est le plus important. Aujourd’hui, le Congo est un éléphant qui est un peu à genoux. Il faudrait donner l’espoir à la population d’avoir un salaire décent, d’avoir le minimum, d’amener leurs enfants au niveau des écoles, et continuer avec les infrastructures et aussi améliorer l’énergie et améliorer la formation de nos enfants dans nos écoles et surtout ne pas oublier nos étudiants et construire d’autres universités. C’est un grand programme, je ne peux pas détailler ici. On devrait aussi regarder comment introduire des mutuelles dans notre pays…
Vous avez un ton assez modéré à l’égard du président Kabila. Si vous vous présentez, ce n’est pas contre lui ? Vous n’êtes pas son adversaire politique ?
– Vous savez, nous ne sommes pas des ennemis. Il est encore président de la République. Il ne faut pas faire de la démagogie. Nous devons respecter les institutions et respecter les délais constitutionnels parce que le peuple a élu le Président Kabila jusqu’en novembre quand il y aura des élections d’un nouveau président. Pour moi, nous ne sommes pas des ennemis. Nous sommes des adversaires politiques, je suis passé à l’opposition. Mais nous devons respecter les institutions.
Est-ce que vous pensez sincèrement que si vous êtes désigné comme candidat par l’ensemble de l’opposition, faire campagne librement, sachant qu’il y a des éléments de l’appareil d’État qui vous ont rendu la vie difficile récemment. Vous avez été menacé…
– Oui, l’appareil de l’État est impliqué. Quand j’ai eu mon accident, il y a deux mois, j’avais une minerve au cou. Les médecins m’ont demandé de partir (note : vers l’Afrique du Sud) par un avion médicalisé parce que ma colonne vertébrale était atteinte. Donc, je devais faire très attention. J’avais demandé l’autorisation. Le ministère du transport (congolais) et l’aviation civile avaient accepté. Mais pas l’ANR (Agence nationale de renseignement). L’ANR a refusé qu’un avion vienne me prendre à Lubumbashi. J’ai été obligé de faire 300 km de route jusqu’à Ndola (Zambie) où l’avion médicalisé en provenance d’Afrique du sud est venu me chercher mais il y avait beaucoup de risques. Dernièrement, je me voulais me rendre dans mon village avec mes enfants. Mon avion ne peut pas atterrir à Lubumbashi aujourd’hui, parce que l’ANR ne donne pas l’autorisation !
Vous savez, je dois donner un conseil au gouvernement congolais. Nous sommes tous congolais. Nous sommes libres de sillonner notre pays parce que dans la constitution, le Congolais est libre d’aller partout. Nous ne pouvons pas tolérer ça ! On s’attaque à tous les opposants. Ils n’ont pas le droit d’aller faire un meeting, de voyager. Ca c’est un problème ! Je demande au gouvernement, au président de la République de corriger cela, parce qu’on risque de créer des troubles dans notre propre pays. Aujourd’hui, c’est seulement la majorité qui peut faire des meetings. Non ! Ca ne va pas ! Nous avons la même liberté, parce que nous sommes tous des Congolais. Dernièrement, c’était le président (de l’assemblée provinciale du Katanga) Kyungu wa Kumwanza, c’était Pierre Lumbi, c’était Fayulu qui avaient été bloqués. Mais qu’est-ce que nous cherchons au juste ? Un État de droit ! Aujourd’hui, je crois que l’opposition est en train de faire son travail démocratiquement. Mais le gouvernement est là pour freiner cet élan démocratique et nous ne sommes pas d’accord. Nous continuerons à avancer.
Vous avez été partie du PPRD. Quelle est la logique dans le parti ? La constitution dit que le président ne peut pas se représenter. Pourquoi ne désigne-t-il pas un autre candidat ?
– J’étais au PPRD et en interne, je me suis battu pour dire : « respectons la constitution », pour que le Président puisse sortir par la grande porte. Je crois que c’est le seul péché que Moïse Katumbi a commis. Et à nos amis de la majorité qui me disent que je suis un traître, je réponds que si je suis traitre pour protéger notre constitution, je l’accepte. Moi, je ne peux pas trahir le peuple congolais, parce que cette constitution a été votée par 85% des Congolais. Donc, c’est une très bonne constitution. Et aussi, il y a une vie après la présidence de la République. Le président de la République peut continuer à faire ses affaires au pays et être consulté par le nouveau président qui sera intronisé le 19 décembre 2016. Donc, je demande aux gens qui sont restés dans la majorité, de voir l’intérêt du pays et du président de la République. S’il organise des élections libres, il sera très applaudi. Ce sera la première alternance dans notre pays depuis que le Congo existe. Au sein de la majorité, il y a plus ou moins 90% des gens qui sont d’accord pour l’alternance mais qui n’ont pas le courage de le dire et il y a 10% seulement qui, pour garder leur fauteuil, disent nous ne pouvons pas organiser les élections. Nous allons nous arranger pour avoir les élections dans deux ou trois ans. Mais vous allez voir, vous allez voir bientôt que 80% des gens de la majorité vont demander que les élections se tiennent dans les délais constitutionnels.

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