Am 15. und 22. März fanden in Frankreich Kommunalwahlen statt – ein gutes Jahr vor der bedeutenden Präsidentschaftswahl 2027, bei der die Rechtsextremen an die Macht kommen könnten. Die folgenden Texte richten sich an vor allem an die Mitglieder der Linken in der südlichen Pariser Banlieue.
La gauche, déchirée à l’approche de 2027
Même s’il ne reste plus grand-chose du Nouveau Front Populaire, les partis de gauche peuvent garder un mince espoir en vue de l’élection présidentielle de l’année prochaine
Au lendemain des élections municipales en France, la gauche, à la fois plurielle et très divisée, peut reprendre espoir dans la perspective de l’année décisive 2027. C’est une conclusion que l’on peut tirer sans se tromper.
Ni l’extrême droite du Rassemblement National n’a triomphé, ni les conservateurs et les centristes n’ont offert une performance convaincante : les trois plus grandes métropoles, Paris, Marseille et Lyon, continuent d’être gouvernées par la gauche. Et bien sûr, lors d’élections municipales, certains résultats ont une portée nationale : La France Insoumise, dont l’objectif déclaré est de dépasser la Ve République devenue dysfonctionnelle, gouvernera pour la première fois certaines villes de taille moyenne – par exemple Roubaix, au nord de la France, ou Saint-Denis, Sarcelles, La Courneuve et Étampes, en banlieue parisienne.

Les socialistes ne sont pas les seuls à se réjouir des victoires électorales nettes à Paris et à Marseille, où des alliances de gauche sans LFI se sont imposées face à une droite dure. Le maire sortant écologiste de Lyon, troisième métropole française, a remporté une victoire très serrée avec une alliance incluant les insoumis – dans cette ville même où la mort dramatique d’un jeune d’extrême droite il y a quelques semaines avait déclenché une campagne anti-LFI à l’échelle nationale.
Même le Parti Communiste, force la plus faible du Nouveau Front Populaire – cette alliance de gauche qui avait encore remporté un succès surprise lors des élections législatives de l’été 2024 –, a pu se réjouir. À Nîmes c’est désormais un communiste qui gouvernera après avoir battu le candidat du RN. Les maires écolos, grands protagonistes surprise des élections municipales de 2020, ont perdu à Bordeaux, Strasbourg, Besançon ou Poitiers. Il ne fait aucun doute qu’un mouvement anti-écologique est à l’œuvre en France comme en Allemagne.
C’est à Toulouse où la gauche s’était regroupée au second tour, qu’elle a subi sa défaite la plus amère. La liste commune, menée par un candidat LFI populaire et relativement pragmatique, a recueilli, malgré leur alliance, moins de voix au second tour que les deux listes plus importantes de gauche lors du premier tour. En conséquence, le maire sortant conservateur s’est clairement imposé, lui qui avait fait campagne contre une « alliance de la honte » entre socialistes et insoumis.
Les centristes autour du président Emmanuel Macron, extrêmement impopulaire, ont reculé. En revanche, le camp de la droite traditionelle domine à nouveau de loin la plupart des mairies dans toute la France. L’extrème-droite autour de Marine Le Pen et Jordan Bardella, dédiabolisée par les médias où elle est très présente, a réussi à renforcer sa position dans toutes les régions du pays. Elle a toutefois attendu en vain une victoire spectaculaire : à Marseille, elle a à peine dépassé 40 % au second tour.
Les partis de gauche ne peuvent toutefois pas se montrer vraiment satisfaits : ils n’ont pratiquement marqué de points que dans les grandes villes, avec pour résultat 22 sur 42 désormais entre leurs mains.
Du côté de LFI, dont les porte-parole avaient invoqué à tout bout de champ une « percée », celle-ci s’est presque toujours limitée aux banlieues à forte population héritière de l’immigration. C’est là, surtout auprès des jeunes électeurs, que le chef du parti, Jean-Luc Mélenchon, cherche et trouve un large soutien. Mais avec sa stratégie de polarisation permanente face au RN, à la droite traditionnelle, aux macronistes et désormais aussi aux socialistes, il fait justement le jeu de ceux qu’il veut combattre : le parti d’extrême droite de Marine Le Pen.
Lorsqu’il s’agit de gagner les électeurs indécis, LFI constitue plutôt un obstacle. Quelques analystes affirment que la théorie de la gauche irréconciliable s’est imposée – ce qui n’est pas forcément de bon augure pour l’année de l’élection présidentielle de 2027.
C’est donc une maigre consolation de constater que les conservateurs ne s’entendent pas mieux que les gauchistes. Peut-être que le souvenir d’un socialiste universellement respecté, Lionel Jospin, décédé dimanche à l’âge de 88 ans, apportera un peu de réconfort : l’ancien trotskiste était un proche collaborateur de l’ancien président François Mitterrand et premier ministre de 1997 à 2002 sous le gaulliste Jacques Chirac.
Pendant son mandat, Jospin avait mis en place des réformes importantes telles que la semaine de 35 heures ou l’accès gratuit pour tous aux soins de santé publique. Il est également considéré comme l’architecte d’une gauche pluraliste incluant les verts.
En 2027, la gauche aura probablement une chance si elle parvient à s’entendre sur un.e candidat.e unique charismatique. Or, tant Jean-Luc Mélenchon que l’aile droite du Parti Socialiste continuent de s’y opposer.
La grande majorité des Français.e.s de gauche, qui souhaitent cette unité, parviendra-t-elle à s’imposer face aux stratèges des partis qui veulent précisément empêcher cela? Telle est la question centrale qui ne devrait pas cesser de se poser au cours des prochains mois. En tout état de cause, la gauche ne peut guère se permettre un chaos stratégique.
À Savigny-sur-Orge, une défaite sans surprise
Mahmoud El Meshad a gentiment prêté assistance pour maintenir en place le trombinoscope rouge
En cette fin d’après-midi ensoleillée de presque-printemps, il y a beaucoup de mouvement à la gare de Savigny. Des centaines de banlieusards rentrent du travail ; la plupart d’entre eux sont visiblement d’origine non européenne. Certains partent dans la direction opposée : le RER les emmène à Paris en 20 minutes. Le maire Alexis Teillet, un trentenaire jovial arborant une barbe courte et fournie, distribue des tracts sur sa politique des transports ; il espère être réélu dans quelques jours.
Depuis des semaines, les membres de son équipe collent une affichette jaune vif sur l’affiche de son rival écologiste Mahmoud El Meshad : « Pas de LFI à Savigny », car les écologistes locaux se sont alliés au parti de gauche La France Insoumise. Interrogé à ce sujet, le maire de centre-droite répond avec un large sourire : « Bien sûr, nous sommes contre tous les extrêmes, et cette action est dans le cadre de la liberté d’expression. » Il s’inscrit ainsi dans le discours médiatique dominant et notamment dans la campagne de dénigrement contre les Insoumis autour du tribun Jean-Luc Mélenchon, dont le parti a récemment subi une pression massive en raison de ses liens avec des groupes antifascistes.
La commune de Savigny-sur-Orge, en Essonne, qui compte 38 000 habitant.e.s et quelque 22 000 électeurs inscrits, est une ville assez typique de la banlieue sud de Paris : de jolis pavillons, habités pour la plupart par des Français.e.s de souche, trois « quartiers sensibles » avec des immeubles de logements sociaux et de nombreuses familles issues de l’immigration, des barbiers maghrébins et des coiffeuses d’Afrique de l’Ouest, des fast-foods « grecs » ou afro-caribéens, de petites épiceries tenues par des Indiens ou Sri-lankais. Comme dans la plupart des communes voisines, la cohabitation multiculturelle fonctionne plutôt bien. De vastes parcs se trouvent juste à côté, et la réalité parfois explosive de nombreuses banlieues à l’est ou au nord de la capitale semble bien loin.
Le centre-ville n’est pas vraiment beau, le marché ne se remplit plus que le dimanche matin, et on cherche en vain des cafés ayant ne serait-ce qu’un soupçon de charme parisien. « Cela s’est dégradé », se plaint le gérant de longue date du café de la place du marché, en parlant de la ville. Au XIXe siècle, Savigny-sur-Orge, doté d’un petit château, était un village ; l’urbanisation planifiée a commencé il y a un peu plus de 100 ans. De 1965 à 1983, elle a fait partie de la « ceinture rouge », ces villes de banlieue dirigées par les communistes ; aujourd’hui, c’est avant tout une ville-dortoir. Et un désert médical : il n’y a pratiquement plus de médecins libéraux et les délais d’attente pour un rendez-vous sont interminables.
Pourtant, il y a tout un monde entre certaines villas bourgeoises et les logements sociaux du quartier Chateaubriand situés à quelque jets de pierre : 80 familles vivant dans trois immeubles à rénover doivent bientôt être relogées de force, l’autre moitié des appartements étant déjà vide. Il est apparemment prévu de démolir les immeubles pour les remplacer par un nouveau projet immobilier lucratif. Les habitants, dont certains vivent ici depuis des générations, refusent de partir et réclament une rénovation. Le maire s’en lave les mains ; lors de la dernière réunion du conseil municipal, les personnes concernées n’ont même pas eu le droit d’exposer leur cause. L’opposition s’est retirée en signe de protestation.

Quelques centaines de mètres plus loin, on arrive aux onze immeubles d’habitation de Prés-Saint-Martin. Au total, cela représente plus de 300 logements sociaux, construits dans les années 1970. Un porte-à-porte improvisé ne mène pas loin ici, presque personne ne se prête à une longue conversation à la porte de son appartement. Beaucoup de résidents n’ont ni passeport français ni européen et ne sont donc pas habilités à voter. « Moi, je voterai pour Shana, mais c’est différent parmi les jeunes », nous glisse une quarantenaire d’origine africaine.
Shana Mathieu, travailleuse sociale de 25 ans et membre du PC, en tête d’une des deux listes de gauche, a frappé à des centaines de portes ces derniers mois avec ses camarades communistes, socialistes, écolos et non-encartés. Le noyau dur de ce groupe « Pour une Savigny humaine et engagée» est composé en majorité de retraités en pleine forme, dont de nombreuses anciennes enseignantes. La raison locale de la scission de la coalition de gauche qui avait gouverné en 2020 et 2021 est la discorde entre l’ancien maire vert et les conseillers municipaux de gauche encore en fonction, qui se sont mutuellement reproché la défaite par 300 voix aux élections municipales fin 2021.
Malgré l’extrême polarisation politique en France, aucune fièvre électorale ne semble s’installer à Savigny, ville quelque peu endormie aussi sur le plan politique. Les batailles de collage entre les cinq listes ou les petites escarmouches sur les réseaux sociaux laissent la grande majorité de la population indifférente – il n’existe pas de sphère publique politique commune : les savinien.ne.s ont accès à peu d’information. Seules quelques lignes sont accordées à l’opposition dans le bulletin municipal – et on ne trouve pas souvent Savigny dans les pages « 91 » du Parisien. Les quatre grandes listes ont chacune organisé une réunion électorale publique ; la plus importante a rassemblé un peu plus de 80 personnes.
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Shana Mathieu, communiste engagée et plutôt discrète, a reçu un soutien marqué de la part de certains édiles voisins. Trois maires de gauche se sont déplacés à sa réunion publique pour prononcer un discours de soutien, utile pour les réseaux sociaux. Parmi eux, le célèbre communiste Philippe Rio (à droite), de Grigny, l’une des communes les plus pauvres de France. Il y a quelques années, il a reçu le prix du « meilleur maire du monde » et a été réélu dimanche pour la troisième fois avec 66 % des voix – malgré un taux d’abstention de 65 %.
À Savigny, seulement une personne sur deux a voté. « Les partis, c’est comme Pernod et Ricard », déclare un abstentionniste assumé à la gare. Si le Rassemblement National avait participé, le taux de participation aurait peut-être été plus élevé, mais suite à un accident de voiture de leur tête de liste locale, les extrémistes de droite édulcorés par Marine Le Pen n’ont finalement pas déposé de liste. Lors des élections législatives de 2024, le candidat du RN avait terminé troisième avec environ un quart des voix.
Si le RN avait participé, le candidat sortant de droite Alexis Teillet aurait certainement dû se rendre au second tour, mais il a finalement obtenu exactement 50,3 % des voix – 32 plus que la majorité absolue. La liste de Shana Mathieu, « Union de la Gauche », n’a obtenu qu’un score décevant de 17,5 %. Les Écologistes/LFI, menés par Mahmoud El Meshad, fonctionnaire de 29 ans, n’ont quant à eux recueilli que 14,6 %. Le scrutin majoritaire français garantit en outre que le prochain conseil municipal sera lui aussi extrêmement déséquilibré : 30 sièges pour le camp Teillet, trois chacun pour les deux listes de gauche et trois pour les deux autres de droite ensemble , qui sont restées sous la barre des 10 %.
« Nous n’avons pas réussi à toucher les jeunes électeurs », explique Valentin Soen, qui a dirigé la campagne électorale de Shana Mathieu. Et au sein de la section locale de La France Insoumise, on reconnaît également avoir rencontré des difficultés à mobiliser les nouveaux électeurs – bien que leur liste ait compté davantage de candidat.e.s jeunes et avec plus d’héritiers de l’immigration que celles de la concurrence.
« Nous avons organisé des ateliers dans les quartiers, mais la plupart des jeunes sont vraiment très éloignés de la politique », explique le dirigeant local Nader Ben Maad, un ingénieur de 33 ans. Avec plus de 30 membres, le groupe d’action de LFI est tout de même à peu près aussi important que les sections des trois autres partis de gauche réunis. Mais il reste à voir combien de militants de base de LFI continueront à s’engager au-delà de l’élection présidentielle de 2027.
Valentin Soen, 38 ans, attribue la défaite à Savigny aussi à la division nationale de la gauche française. Rien ne va plus entre le PS et LFI. « Leurs sections locales se préoccupent souvent davantage des débats dans les médias que des intérêts des Saviniens », estime-t-il. De plus, Jean-Luc Mélenchon, candidat éternel aux présidentielles, aurait très tôt lancé le mot d’ordre de ne plus participer aux alliances de gauche existantes au niveau municipal, mais de présenter plutôt ses propres listes. Pour le syndicaliste Soen, à Savigny, une chose est claire : « Ces divisions au sein de la gauche ont certainement contribué à ce que près de 1 200 personnes qui avaient voté pour la candidate NFP aux élections législatives de 2024 soient restées chez elles lors des élections municipales. »
Gerhard Dilger est journaliste indépendant. En tant que citoyen de Savigny, il a été militant de base dans la campagne pour Shana Mathieu et sa liste. D’aprèsnd-aktuell.de, 19 mars; latin@rama, 21 mars et der Freitag, 23 mars 2026

